vendredi, 07 août 2009

La migration des Monarques

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LE MONARQUE

Course pour la survie

Ici, je vous fais partager ce que j’ai aimé, et ce sanctuaire est quelque chose de vraiment prodigieux, toutefois je précise que je ne suis pas une spécialiste. Merci pour votre indulgence.

Tout près de Zitacuaro dans l’Etat du Michoacán, se trouve le sanctuaire d’Angangueo. De janvier à avril, le site bruisse des battements soyeux d’ailes de  papillons. Arbres alourdis de bouquets bruyants, édifices fragiles et vibrants, espace semé de gros flocons colorés. Aucune expression n’est assez puissante pour décrire la magie qui s’offre au regard des visiteurs. Nous sommes au pays des monarques !

            Ce lépidoptère est apparu il y a quelques 345 millions d’années. En nahuatl[i], papillon se dit papalotl, ce qui a donné naissance au mot papalote : cerf-volant ou vol de papier ?

            Les monarques investissent les pins, les cours d’eau, les pierres, la mousse et les humains. Les yeux rivés au sol de crainte de les écraser, vous balayez d’un revers de main délicat les audacieux qui, insouciant du danger, s’arrêtent sous votre semelle.

Phénomène naturel, il semble qu’une force magnétique attire  les monarques dans des lieux très précis. Des chercheurs ont démontré que la plupart des sanctuaires se situe dans des zones de grande activité magnétique. Cependant, ces migrations sont mystérieuses.

À la fin de l’été, avant l’arrivée du froid, les monarques quittent le Canada et les États-Unis pour le Mexique. Depuis des millions d’années, guidées par leur instinct, des générations de parents, d’enfants, de petits-enfants effectuent cette « transhumance ». Les cinq mille kilomètres qui séparent les sanctuaires ne se font pas d’une traite, le corps de ces petits insectes n’y résisteraient pas, alors les colonies font de courtes haltes, la vitesse de croisière est de 15 à 45 kilomètres/heure. Combien de morts en chemin ?

Une fois à destination,  les monarques harassés s’accrochent aux branches, le temps d’un printemps, ils prennent un repos bien mérité. Profitant du climat tempéré de la région, les mâles ragaillardis fécondent les femelles.  Puis, sans qu’un seul coup de sifflet n’ait été donné, ils repartent en direction du Nord. En chemin, les femelles pondent leurs œufs, ainsi nait la deuxième génération, en juillet, vient  la troisième génération, en août la quatrième et parfois la cinquième. Ces générations commencent leur envol pour le Mexique en septembre. 

            Les monarques s'orientent grâce à 3 systèmes : selon la position du soleil, de la lumière, et des forces magnétiques. A l'aide de leurs yeux, ils reconnaissent les différentes heures du jour ; ils perçoivent également la lumière solaire polarisée. Ensuite, leurs antennes prennent le relais, elles adressent un signal en direction de "l'organe JOHNSTON (également nommé caisse magique), ce dernier fait suivre le message aux ailes qui se mettent immédiatement en mouvement. En résumé, le papillon est un radar miniature.

            Si vous passez par Zitacuaro, arrêtez-vous, le spectacle est fabuleux. Au fait, avez-vous remarqué que les ailes déployées des papillons ressemblent à des poumons ? C'est pour cette raison que j'ai intitulé mon premier roman "Laurie ou le souffle du papillon".

Un conte est attaché à ce phénomène, je dois le traduire.monarque4.jpg



[i] Langue des Aztèques

dimanche, 02 août 2009

Au coeur de l'arbre (bientôt l'automne)

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Au cœur de l’arbre

 

 

Écorce d'argent, écailles plates.

 

Le tronc vidé de ses substances sucrées, l'érable est à l’image de l’être dépourvu d’âme. Majestueux sur l’azur, il étale sa couronne à trente mètres au-dessus du sol moussu. Là-haut, à l’orée des cieux, une main rude fouille sa chevelure mordorée. La main taille, blesse l'arbre qui gémit et pleure des feuilles miellées. Au contact de la terre, elles se tachent d'éclaboussures, brunes comme la peau tavelée d’un vieillard.

 

Et l'érable soupire, le temps s'enfuit trop vite.

 

Déjà, l'hiver le déshabille, le met à nu. Ses branches se couvrent de givre et de fleurs de neige. Dans la froidure de l’automne, l’érable grelotte en languissant le printemps qui l’habillera de tendres bourgeons.

vendredi, 15 juin 2007

LES FENÊTRES

Recueil de 13 nouvelles...

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EXTRAIT : C'est pas grand-chose mais...

Le balai approche inexorablement des charentaises, il va attaquer, Michel le sait. La voix de Martine précède le manche :
- Tu veux bien pousser tes chaussons ? Juste deux minutes pas plus, il y a des minous sous ton siège. Je vais en profiter pour vider le cendrier.
Sa femme se penche pour attraper un bout de fil qui s'est coincé sous le pied du fauteuil, son coccyx pointe comme une tête de chat vue de derrière. Méticuleusement, elle essuie le carrelage, soulève ensuite le chiffon et admire, émerveillée, les milliers de pathogènes qui le maculent. En souriant, elle remarque:
- Tu vois, c'est pas grand chose, mais c'est déjà plus propre.
Cinquante cinq ans de "c'est pas grand-chose, mais c'est déjà plus propre", combien d'années encore à subir ?
Au début, Michel n'y a pas prêté attention : l'amour, la nouveauté... En se mariant, il est passé brutalement de l'adolescence à l'âge adulte. Puis, les enfants sont venus, à tour de rôle, quatre fois de suite. Il a fallu mettre les bouchées doubles pour nourrir ce petit monde, alors, il a accepté les heures supplémentaires, les déplacements. Bref, sa rencontre avec le balai n'a eu lieu que le jour de sa mise à la retraite ; depuis, ils se croisent matin, midi et soir au hasard des miettes, des jours de pluie, des chaussures boueuses ! c'est devenu une habitude. Lorsque Martine oublie son ménage, Michel se surprend à penser "peut-être que le balai est mort", et il éclate de rire.
Chacun son truc, elle aime le nettoyage, lui préfère le bricolage, enfin ! la terminaison est identique, ce n'est qu'une question "d'âge".
Quand ce n'est pas le balai, c'est l'encaustique et les patins ! L'odeur tenace de la cire d'abeille, enrichie à l'essence de térébenthine s'il vous plait, incruste les meubles, les sinus, "ça sent le propre ! murmure Martine avec satisfaction". Sans un mot, Michel observe sa femme, il se demande comment elle peut se satisfaire d'activités aussi mesquines, pourtant elle semble très épanouie. Mais lui, que connaît-il de ses désirs à elle, de ses frustrations ? Martine veut oublier l'habitude, la solitude et les non-dits, son intérieur scintille pour enrichir son existence. Comme un tic, elle ponctue ses gestes par "c'est pas grand-chose, mais c'est déjà plus propre".
Dans son atelier du bout du jardin, Michel invente puis fabrique des meubles en chêne et des jouets en pin. Lui aussi encaustique, mais différemment. Il caresse le bois, le nourrit, lui parle, ses sens s'imprègnent de la sève ambrée. La poussière, présente en permanence, recouvre de son fin duvet les étagères, les outils ; le bois encombre le sol de ses serpentins ; de temps en temps, Michel les ramasse, les entasse dans un grand sac poubelle qu'il évacue quand il y pense. La musique projette ses airs de salsa jusqu'à l'autre côté de la pelouse, là où, de sa fenêtre, Martine espionne son voisin de mari dans le silence de l'ennui. A aucun moment, il ne partage son espace vital, elle, si !

Toute l'année, le mardi, l'emploi du temps du couple est immuable, il ne varie jamais. Quand l'aube se fond dans le jour, Michel enfourche son vélo et se rend au village pour faire "le" ravitaillement. C'est un prétexte, les commerçants passent régulièrement. Martine sait que son mari va se promener, histoire de rencontrer d'autres têtes, d'autres sourires ; il a besoin de ces contacts hebdomadaires, ils lui renvoient une image d'homme vivant. Lorsqu'il passe dans la rue principale, on le salue :
- Alors Michel, comment va la santé ? Et Titine, toujours aussi sauvage ? Moi, je m'embêterais dans ce trou, je ne sais pas comment vous faites pour habiter un endroit pareil ! Et comment vont les gosses, ils viennent bientôt ? Tout de même, c'est pas une vie ça, eux à Paris, vous ici !
Michel sourit, chaque semaine, il explique les enfants, les petits-enfants, ils ont leur vie, elle n'est pas compatible avec la sienne, mais ils s'appellent souvent. Heureusement qu'il y a le téléphone. Ah ! quand il était jeune, c'était différent, il fallait se déplacer. Il se souvient : il fonçait sur les chemins poussiéreux, à grands coups de pédalier, pour rejoindre Martine. Les montées, les descentes, aucune importance, les roues de la bicyclette avaient des ailes. Il revoit la jeune fille brune, pas très grande, légèrement rondouillarde, c'était la mode "à l'époque". Avec sa robe en vichy et son chapeau de paille sur la tête, elle était si jolie !
Pendant ce temps, Martine s'accorde un bref repos : elle pose enfin son balai ! confortablement installée sur le canapé, elle entreprend les mots croisés de son magazine. A onze heures quarante cinq précises, elle prépare le déjeuner, étale la toile cirée sur la table de la cuisine et met le couvert. Ensuite, elle attend ! Et les mois continuent de s'écouler sans surprise.
Un jour, Michel appelle sa femme :
- Viens voir, j'ai terminé ton armoire. Chez un ébéniste, tu l'aurais payée les yeux de la tête ! Je peux dire que j'en ai bavé, tout est chevillé, mortaisé, tenonné, tu ne trouveras pas une vis, pas un clou. Suis crevé, il faut encore que je nettoie l'atelier.
Admirative, Martine ouvre les portes, inspecte, renifle ; déjà, elle organise la disposition du linge, des papiers. Dans le grand tiroir du bas, elle rangera les photos de ses enfants et de la famille. En rêvant, elle effleure le bois, tiens là, il reste des aspérités, surtout ne rien dire, passer un coup de ponçage après, plus tard, quand Michel sera en vadrouille. Attendrie, un élan d'amour la pousse vers l'homme qui a exécuté, pour elle seule, une armoire de "jadis". Elle l'embrasse rapidement sur la joue et dit :
- Laisse, je le ferai demain.
- Interdiction formelle de toucher à mes outils, c'est mon problème. Contente-toi de vider la maison ! Est-ce que je viens t'enquiquiner quand tu passes la serpillière ? D'ailleurs, il faut que je bétonne le sol, ce sera plus facile à entretenir.
- Bon, j'y toucherai pas, mais ne crie pas, je t'en supplie.
Martine déteste les confrontations, elle les esquive comme on fuit la maladie. Elle préfère se retrancher dans son "monde" intérieur, il ignore les disputes et sait digérer l'amertume.
Le mardi suivant, elle modifie légèrement la routine : en se levant, elle a décidé de nettoyer l'antre de l'ours ! Chargée de son balai, sa pelle, son torchon, son produit à lustrer, elle fonce dans le capharnaüm "du bout du jardin" ; elle écouvillonne, frotte, balaie, décape les carreaux, le soleil entre tout à fait. Après deux bonnes heures d'ardeur au travail, elle s'arrête satisfaite : on pourrait presque y pique-niquer. Dès le retour de Michel, Martine n'y tient plus :
- Viens voir, j'ai une surprise pour toi !
Fièrement, elle tire son mari en direction de l'atelier. Inquiet, il bégaie, rougit puis rugit ; les sacs, qu'il tenait à la main, s'éventrent sur la terre battue. Et les mots se déversent dans un flot de bile, ils inondent l'air, le brûle. Michel gesticule dans tous les sens. Interdite, Martine l'observe. Soudain, deux mains qu'elle ne reconnaît pas lui serrent le cou, elle n'oppose aucune résistance ; progressivement, la femme se noie dans la fureur du regard de l'autre ! comment s'appelle-t-il au fait ? Elle ne sait plus, ses pensées s'engourdissent et son souffle s'éteint.
Michel relâche son étreinte, le corps s'effondre comme une marionnette de chiffon. Alors, il creuse un trou, dépose méticuleusement sa femme, ferraille le tout avant de couler le béton. Il aplanit la chape, en vérifie la pente avec le niveau. Sans bruit, le soir est arrivé. Michel, exténué, inspecte son travail une dernière fois, il s'accroupit, se penche, sourit et dit :
- Tu vois, c'est pas grand-chose, mais c'est déjà plus propre !