lundi, 26 octobre 2009

Apocalypse

feuilles-d-erable.jpgApocalypse

 

Tes cheveux tombent ? Pas de quoi s’alarmer, on est en automne. D’ailleurs, en fin d’année, tout tombe: les jours, les feuilles, les fêtes, c’est dans la logique des choses. Tu connais les méfaits de l’hiver : un moral en berne parce que le soleil  se recroqueville dans les abysses de l’infini, et une envie irrépressible de dormir qui te bloque sous la couette. 

Tout est-il sombre ? Non. La forêt revêt sa parure auburn, les feuilles dorées des arbres couvrent le sol, assoupissent les craquements, elles tissent un tapis doux à la chaussure, tendre à l’oreille. Lorsque tu les foules du bout du pied, elles se soulèvent, se poudrent de graines, puis elles retombent en soupirant. Peu à peu, elles se transforment en humus, elles  ensemencent la terre et leurs effluves champignonnés enivrent tes sens, ton esprit s’évapore en direction de la cime des arbres/

Bientôt, le ronronnement des tronçonneuses envahira l’espace, les bûcherons trancheront une partie de cette jolie forêt qu’ils expédieront dans les fabriques à papier. Les rondins écorcés, débités en morceaux, seront cuits avec de la lessive caustique et passés dans le défibreur. De la magnificence de l’arbre ne restera qu’un feutre blanchâtre informe, triste souvenir d’une magnificence !

Les feuilles de cellulose  se métamorphoseront en journaux, cahiers, photos, livres… Elles contribueront à écrire  l’histoire !

Dès le début de l’automne, les avis d’imposition sont tombés, comme une condamnation, dans ta boîte aux lettres. Ils sont couverts de chiffres et de pourcentages qui te pressent jusqu’à la pulpe. Tu retournes les feuillets dans tes mains, tu les froisses, ils sont rêches. Démoralisée, tu les jettes sur la table en te demandant si ces maudits papiers proviennent des forêts déracinées ! Tu les retournes en tous sens, aucune mention de recyclage n’y est mentionnée !

Hélas, même la nature se fait entuber ! 

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