mardi, 20 octobre 2009
Le pianiste
Le concerto du monde
Avec précaution,
Il s’est assis sur le tabouret lustré.
Doucement,
Il a soulevé le couvercle
Et les touches d’ivoire
Ont soupiré d’aise.
Il a fait craquer ses doigts,
Les a écartelés violemment.
Ma révolte a protesté :
A-t-on le droit de tourmenter
Des articulations de cristal ?
Brusquement, des notes se sont évadées.
Elles ont rebondi sur les murs
Et saturé le plafond doré
Avant de se dissoudre
Dans les lames du plancher.
Les mains sautillaient sur le clavier.
Je crois qu’une femme a sangloté.
Ou bien était-ce l’âme d’un violon.
« Fortissimo » a crié le compositeur.
Les doigts se sont agités
Et dans le tonnerre qui grondait,
Mon esprit a virevolté.
Les notes pénétrèrent mon cœur
Pareilles à des éclats d’obus
Dans la poitrine d’un enfant.
Alors, j’ai pleuré. Sans bruit.
Puis, le tempo s’est évanoui
En cascade de perles de rosée.
Lentement, le pianiste s’est levé.
Les yeux remplis d’humanité,
Il a salué la salle. Longuement.
Dans un soupir, il a murmuré :
S’il est vrai que la musique adoucit les moeurs,
Un jour, j’écrirai le Concerto du Monde.
Il esquissa un pas de deux,
Et disparut dans l’obscurité,
Me laissant seule avec le piano éreinté.
Nicole Tourneur
21:16 Ecrit par Nicole TOURNEUR dans poésie (adultes) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note














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