dimanche, 12 juillet 2009

Le docteur House, vous connaissez ?

Je n'aime pas étaler mes problèmes mais force est de constater que lorsqu'on a le cancer, on vit différemment. Pourquoi ? C'est très simple. Dans les autres maladies, quand on vous soigne vous allez mieux. Dans le cas du cancer, plus on vous soigne et plus vous êtes malade. Vous vous demandez même si vous allez survivre aux traitements. Dans la catégorie "derrière le masque", je mettrai quelques réflexions relatives à la santé.

La semaine dernière, une passante m'arrête dans la rue : J'achèterais bien votre santé, me lance-t-elle avec un grand sourire. N'en faites rien, lui dis-je, je vous l'offre avec un voyage en prime !

Et maintenant, l'histoire du faux/vrai docteur House.

Vous aimez le docteur House ? Moi je l’adore, « il m’éclate trop » selon l’expression consacrée. Son humour grinçant est un régal, et même si l’on ressent de la compassion pour le pauvre patient maltraité, on conserve son estime au bon docteur parce qu’il ne laissera jamais tomber un cas. Et si le côté nuisible du docteur House existait ? Je l’ai rencontré. Une sorte de rhumatologue dégingandé, râleur et surtout méchant, un médiocre doublé d’un sadique qui il abuse de sa supériorité. Face à lui, j’étais perdante avant même d’entrer dans son cabinet.

Je ne suis pas hypocondriaque, je suis asthmatique, cortico-dépendante, insuffisante surrénale et -cerise au cyanure sur le gâteau– cancéreuse (il y en a qui sont PDG). Vous pensez que le cumul des mandats a été limité ? Trop tard pour moi, j’avais déjà signé !

En tout cas, je vous l’assure, il arrive que la fiction rejoigne la réalité. Et ça fait des dégâts.

 

Le pâle reflet du docteur house

 

La scène se déroule dans un cabinet médical banal d’un hôpital situé dans les Yvelines. Pas de décor, excepté des affiches « bateau » que l’on récolte à droite et à gauche. Un ordinateur éteint sur le bureau, un chariot avec des dossiers, dont l’un est très gros

Les acteurs : un homme d’une cinquantaine d’année, grand, la bouche tombante, un air de jean foutre. La patiente, une femme entre 55 et 60 ans, enveloppée et souriante (peut-être trop ?).  

Le docteur sans lever le nez d’une revue : Asseyez-vous.

La patiente s’exécute avec un timide « bonjour ».

Le docteur : qu’est-ce qui vous amène ?

L a patiente étire douloureusement son bras droit, elle exhibe sa main gauche déformée : Voilà, j’ai l’épaule droite bloquée et la main, regardez ! Elle a doublé de volume. L’oncologue m’a donné un CD de l’IRM de mon rachis. Il est pour vous

Le docteur  agacé : On voit qu’ils n’ont rien à foutre au quatrième, ils s’imaginent que j’ai que ça à faire : ouvrir des CD, des DVD. Franchement, ils se moquent de moi.

La patiente rit, il lui semble être face au docteur House. Elle se demande s’il va sortir un tableau sur lequel il va inscrire les symptômes. Et alors elle repartira en pleine forme, le moral gonflé à bloc. Car pour l’instant, elle est déprimée, elle ne supporte plus la douleur. Elle tend la pochette avec le CD.

Le docteur : Vous n’avez rien compris. Je viens de vous dire que Je ne regarderai pas cette rondelle.

La patiente ne rit plus, elle pense à sa douleur. Ben alors, elle est venue pour quoi ? Tout est dans son dossier, son poumon en moins, ses os brisés, ses côtes en moins. Deux pour être exact. Et lui, maître après Dieu l’envoie balader.

Le docteur a saisi la stupéfaction de la malade ; Quoi, ça vous étonne ? J’ai 10 minutes à vous consacrer, après c’est la porte. Vous êtes dans un établissement public ! 10 minutes,  c’est tout, pas une seconde de plus. Au lieu du CD, elle aurait mieux fait de me donner les images !

L a patiente tente de renouer le dialogue : Elles sont  certainement à l’intérieur de mon dossier, il  est sur le chariot, je le reconnais.

Le docteur : Non mais… Vous avez vu l’épaisseur ? Vous croyez que j’ai l’temps de fouiller dans c’foutoir ?

L a patiente  sort une lettre de son sac, elle la  pose sur le bureau.

Le docteur,  l’air désabusé, la déplie : Faites  toujours voir….  Elle est de votre médecin traitant ?

La patiente : Non. Mon généraliste est absent pour la semaine, alors l’endocrinologue m’a comme qui dirait : dépannée !

Le docteur : Si j’étais vache, je vous dénoncerais et vous paieriez 73 euros, vous ne seriez pas remboursée mais…

La patiente  énervée  lui coupe la parole : Je suis prête à payer. Si vous saviez comme je m’en tape des 73 euros pour l’instant !

Le docteur : Calmez-vous, je suis pas comme ça, je dirai rien. Voyons ce que dit votre… « Endocrinologue ».

Silence. Le House véreux lit lentement la lettre. La patiente fixe ses pieds, elle voudrait crier, l’insulter mais la douleur, la fatigue inhibent sa révolte. Et puis s’il la jette dehors, il lui faudra reprendre rendez-vous pour dans trois mois. Et la souffrance augmentera. Non, elle va patienter en se taisant.

Le docteur rompt le silence : L’endocrinologue ne parle pas de la main, il parle d’une ostéoporose. Vous avez passé une ostéodensitométrie ?

La patiente : C’était pour dépanner, je vous l’ai dit. Je viens principalement pour l’épaule et la main. Et là, j’ai déjà tout passé. Si vous vous donnez la peine de regarder mon dossier, c’est dedans ! (Elle tend la main gauche, celle qui a doublé de volume) Vous ne pouvez pas faire celui qui ne voit rien.

Le docteur : non, bien entendu. Je suis même certain que vous avez mal. Mais madame, dites-vous bien que vos douleurs à côté de votre cancer : c’est du pipeau.

Lobectomie, chimio, arthrose, périarthrite calcifiante : du pipeau ? Vivre avec un cancer au quotidien et subir les traitements lourds qui aggravent les douleurs justifient qu’on s’intéresse au bien-être de celle qui subit. La patiente pleure, elle voudrait mourir, d’ailleurs si les métastases reviennent, elle refuse tout nouveau traitement et elle le dit à voix haute ! Déstabilisé, le docteur allume l’ordinateur, il glisse le CD dans le lecteur, les images s’affichent en moins d’une minute. Avec un mouvement rageur, le docteur presse le bouton d’arrêt en s’exclamant « Ca y est, il est encore planté ! ».

La patiente constate avec découragement qu’il la prend réellement pour une conne ! (elle demande) prescrivez-moi au moins des antidouleurs.

Le docteur : Rien, vous avez de la cortisone pour votre asthme. Essayez l’aspirine !  Bon, je vous prescris  une IRM de la main et vous reviendrez me voir.

La patiente s’en va sans un au revoir. Elle est désespérée mais se décision est prise : reprendre rendez-avec cet abruti ? Plutôt crever ! 

PS : Jai pris RDV avec un autre rhumato très humain, qui me soigne et m'a soulagé avec des infiltrations...Ouf ! Le moral remonte.

17:15 Ecrit par Nicole TOURNEUR dans Humeur du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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