vendredi, 03 juillet 2009
Dernières infos
1 - Tout d'abord, je suis très heureuse, la classe de Michael Botte (professeur sympa à Vernon) dans laquelle j'ai animé l'atelier avec le soutien de la Maison des Écrivains de Paris, a gagné le premier prix exaequo avec Barentin. Félicitations les jeunes, je suis fière de vous et je serai présente lors de la remise des prix (sauf si Ophélie me digère d'ici là). Le projet "voyage en ville" consistait à faire travailler des élèves avec un architecte, un photographe et un écrivain. La collaboration d'Isabelle Lebon pour les photos et de Stéphanie Marquès (architecte) pour la mise en scène a été fructueuse, cela prouve que nous formons un ensemble.
2- Textes ajoutés : un résumé de "Terre brûlante" (catégorie livre) et une nouvelle "rien que pour ça" (catégorie nouvelles).
3 - Je remercie mes lecteurs. Vous m'aidez à combattre Ophélie, ce cancer qui me boulote lentement. J'avoue humblement que j'aimerais vendre beaucoup de Terre brûlante, pas pour l'argent (les droits d'auteur ne permettent pas de prendre sa retraite) mais peut-être ce roman sera-t-il le dernier... Alors si Maia, Fernando, Liliana et les autres pouvaient me survivre, ce serait sympathique.
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Bon de commande - Terre brûlante
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TERRE BRÛLANTE - Résumé et extraits
Terre brûlante
1885 – Au décès de son épouse, Marcel Legarrec quitte la Bretagne et s’installe, avec Fernand, son fils de 14 ans, dans les environs de Cuernavaca au Mexique. Un voyage sans retour. Les années passent, Fernand épouse Liliana, une Nahua parlant l’espagnol, à qui il apprend le français. La branche des Legarrec est ancrée…
Juillet 1992. Au détour d’un sentier, Maia aperçoit un pueblo sans nom perdu dans la montagne. Il semble abandonné, pourtant de la fumée s’évacue par les interstices des toits. Soudain, une main sèche lui presse l’humérus, elle se retourne, un vieillard sans âge aux les yeux délavés la regarde en souriant. Le vieil homme se présente : Fernando.
Fils de Fernand et de Liliana, Fernando est un sang-mêlé. Il a connu Zapata, la Révolution Mexicaine et les Cristeros. Il se raconte et parle de sa mère, Liliana l’Indienne qui a écrit son histoire en français. Dans un fol espoir, il confie à Maia la confession de sa mère. Au fil des pages, la jeune femme fréquente le monde des péones, ces démunis exploités, torturés, méprisés par les riches propriétaires d’haciendas.
EXTRAITS
1885
Ils saluèrent le veuf et ils se retirèrent dans le crépuscule naissant en une procession tapageuse. Mathilde et Fanch, son mari, s’attardèrent pour ranger les bancs et les tables, la dernière fois qu’ils avaient servis, c’était à leur mariage, huit ans déjà, on les avait ressortis la veille pour le décès de Guénaele, leur belle-sœur.
Mathilde s’approcha de Marcel. Mon pauvre frère, s’apitoya-t-elle en lui pressant l’avant-bras. Marcel ne réagit pas, l’œil morne, il contemplait par la fenêtre dégoulinante de pluie l’horizon qui trépassait pour mieux ressusciter le lendemain.
- J’ai déposé le brouet du soir sur le buffet, tu n’auras qu’à le réchauffer, murmura-t-elle.
Accaparé par une douleur muette, Marcel ne broncha pas, percevait-il sa présence ? Elle redit combien elle regrettait la disparition de Guénaele, une jeune femme pleine d’entrain et de gaîté, appréciée de tous. Elle attendit vainement une réaction. Décontenancée, elle fouilla du regard la salle à la recherche de son neveu, elle l’appela doucement mais l’adolescent -prostré en quelque endroit- demeura invisible.
Et les legarrec plantent leurs racines.
1992
Éreintée, au bord de l’épuisement, Maia déchargea ses affaires sur le sol, les bretelles du sac à dos égratignèrent ses épaules, elle grimaça. Elle avait atteint son but et couvert les quinze kilomètres prévus, mais à quel prix ! Elle s’étira pour dénouer ses articulations meurtries, sa nuque raide. Elle essuya son front humide, massa ses mollets endoloris et avala une longue rasade de l’eau tiédasse contenue dans sa gourde. Enfin relaxée, elle s’égara dans la contemplation du hameau retranché derrière une haie d’agaves qu’elle avait repéré depuis la butte. Un mirage au détour d’une sente escarpée…
Je touche les confins du monde, songeait-elle quand on lui pressa l’humérus. Effrayée, elle tressaillit.
- Bienvenue à San Fernando !
Maia fit volte-face. Un vieil homme, maigre et sec, fixait sur elle deux iris bleus ravagés par la cataracte qui la désorientèrent. Une moustache argentée ornait ses lèvres fendillées, les cheveux coupés ras dévoilaient le crâne buriné, ses pommettes, rosies par la brise fraîche du matin, saillaient et les ailes de son nez aquilin palpitaient. Un avion fendit le ciel, levant la tête, le vieux déploya les sillons déshydratés de son cou à l’instar des tortues centenaires des Galápagos. Une traînée blanche se propagea dans l’azur.
Ainsi commence la rencontre entre Maia la Bretonne et Fernando, le métis aux yeux transparents. Elle parle français, il a connu Emiliano Zapata et il exprime sa fierté :
- J’ai bien connu Zapata, s’écria-t-il en délogeant un chien blotti sur le coussin du fauteuil qu’il présenta à son invitée. Nous l’appelions Emiliano, Miliano ou « l’Attila du Sud ». Mais lorsqu’il devint général, nous lui avons donné son titre. Général… Vous réalisez ?
Au garde-à-vous, il s’égosilla :
- À vos ordres, Général Emiliano Zapata.
Une larme courut, Fernando l’essuya avec sa paume en reniflant :
- Général Emiliano Zapata ! Ça sonnait bien. Il avait de la prestance. De l’éducation. Issu d’une filiation prospère, il a sacrifié son confort pour notre bonheur. Quand il passait ses troupes en revue, majestueux sur son étalon, l’allégresse dilatait les veines des combattants, leur sang bouillottait, leur couardise s’envolait. Notre général n’était pas uniquement un meneur, c’était un cavalier hors pair, il dormait et mangeait en selle. Il galopait des jours, des semaines, à l’arrivée, il était frétillant comme un gardon. Il portait des éperons en argent mais ne s’en servait pas, il guidait son cheval en pressant graduellement ses talons contre la panse fumante de l’animal qui s’exécutait illico presto, la bride inutile était enroulée autour du pommeau. La réputation de notre général a dépassé les limites du Mexique. Elle va plus loin que le Canada, elle atteint, m’a-t-on assuré, les glaces éternelles. Il paraît que là-bas aussi, on connaît Zapata ! dit Fernando.
Progressivement, des liens d’amitié se nouent et Fernando charge Maia de traduire les lettres de sa mère. Liliana, fille de péones le dit :
Je suis née en pleine tourmente, quand les nécessiteux jalousaient les chiens errants, affamés, maltraités mais libres ! Nous n’étions rien, pas même des esclaves. Nous n’espérions rien. Opprimés, humiliés, nous languissions la bonté du Seigneur. J’ai occulté ce passé, je l’ai enterré. Volontairement. Pour que ma haine ne dévaste pas ton cœur. J’espérais qu’en te protégeant, j’épargnerais ta naïveté enfantine !
Savoir écrire et lire. Le rêve de ceux qui n’ont pas la chance d’aller à l’école, celle qui ouvre les portes du savoir et permet de gravir les échelons de la société. Sensation inexprimable, euphorie incommensurable. Puissance. Danger aussi ! Il faut user des mots avec discernement, à cause d’eux, on orchestre des génocides, on déchaîne le fanatisme, on engage des croisades. Ici, entre les lignes de mon cahier, les mots s’étirent en phrases de la longueur d’une vie tourmentée. Ma vie !
Tout va trop vite !
Mes pensées suintent au bout de mes doigts, la plume griffe le papier, elle sarcle la fibre, des particules explosent en pétales lilas, le buvard les pompe avidement. J’amorce à peine mon récit, déjà, je voudrais l’avoir terminé.
Guadalupe, l’amie d’enfance de Fernando se souvient de ses sept ans :
- .. « On est vieux à présent, nota Fernando. Te souviens-tu de tes sept ans ?
- Comme si c’était hier.
- Quoi par exemple ?
- L’entrée triomphale de Pancho Villa et Zapata à Mexico.
- Le quatre décembre 1914.
- Tu radotes, vieil étourdi. Ça c’est la date de leur entrevue à Xochimilco, ils ont envahi la capitale le six décembre. Spectacle fabuleux, Pancho Villa habillé en général, boutons et galons dorés, une casquette à visière vissée sur le crâne, paradait sur un cheval noir. À sa hauteur, Zapata portait sa tenue de charro[1], veste en daim jaune brodée, pantalon étroit et sombrero qui lui ombrageait le visage. Il était beau. Tiens ! si je n’avais pas été si jeune….
Guadalupe poussa une jérémiade pathétique qui amusa Fernando :
- Ma pauvre amie, ta vie amoureuse n’aura été qu’un long fleuve désenchanté. »…
Sur un coup de tête, Maia fuit le village, elle a la fièvre et les divinités Aztèques s’invitent dans ses rêves :
Le monstre approche. Le corps osseux est emballé dans la dépouille sanglante immolée à la gloire de Xipe Totec[2]. Dieu de la végétation, du printemps et des orfèvres, il est la renaissance de la nature et comme elle, il renouvelle son costume, à la différence près que celui du monstre est humain !
Sa toison de jais s’étire sur le sol en un écheveau laineux, visqueux. Derrière la bouche en sautoir, on entrevoit celle, mince et noire, d’un homme. Elle rit cette bouche, elle exhibe sa dentition gangrenée, sa langue tatouée de signes cabalistiques. L’homme drogué ricane, il beugle des incantations, ses yeux fous cannibalisent la foule prisonnière d’un charme. Il tourne sur lui-même. De plus en plus vite, il exécute une danse ensorceleuse, ses chevilles agitent des grelots en argent. L’hystérie emporte la foule, Maia se momifie. Les pieds et les doigts du monstre gigotent au rythme de la chorégraphie burlesque imposée par les conques et les flûtes. Au sommet de la pyramide, l’homme soliloque une harangue insolite. Soudain, ses forces s’amenuisent, elles l’abandonnent, il s’écroule. La foule entre en transe.
Carmen, la chamane, chasse Xipe Totec et elle soigne Maia. Carmen est si vieille qu’elle ne se rappelle plus du jour de sa naissance, mais elle se raconte :
- Apolino, un granicero[3] réputé, se rendit compte de mon état. Mon cœur ne battait plus, néanmoins j’entendais le chamane, il me conjurait de revenir, de repousser la faucheuse. Apolino était un sorcier très puissant, les éléments lui obéissaient. Il gravissait la colline de los Corredores[4] - Carmen désigna un bloc de calcaire saumoné par la fin d’après midi -, les bras en direction des cieux, il récitait des formules magiques, dans la foulée, le vent lâchait sur les prairies des trombes d’eau. Un profil découpé sur l’azur, voilà ce que je conserve d’Apolino, il était LE maître, grâce à lui, mes plantes t’ont guérie.
- Lesquelles avez-vous utilisées ?
- C’est mon secret. Tu les foules, tu les piétines accidentellement parce qu’elles sont humbles. Tiens, par exemple, cette fleur jaune que tu tritures. Elle respire et souffre, comme toi.
Prise en flagrant délit de meurtre, Maia étudia le végétal froissé, la tige griffée, les pétales arrachés, les feuilles fanées, elle reposa le frêle végétal en se préparant à recevoir une leçon de morale mais Carmen ne blâmait pas, ne stigmatisait pas, elle expliquait.
Liliana se confie. Fernando, Maia, Guadalupe et Carmen la chamane se racontent. Une rencontre, six destins qui se croisent et l’amour au rendez-vous.
[1] Cow-boy mexicain
[2] Xipe Totec signifie « Notre Seigneur l’écorché », il était célébré au printemps. Est également assimilé au Tezcatlipoca rouge.
[3] Granicero (a) : descendant de Tlaloc Dieu de la pluie. Le granicero défait les nuages. Il commande le tonnerre, il chasse tourmentes et gelées.
[4] Les éclaireurs
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